Vive la Social-démocratie !

La social-démocratie serait-elle arrivée à son crépuscule ? Cette question existentielle ne se pose pas seulement en France, mais dans l’ensemble du continent européen, au-delà des spécificités nationales. On l’a vu naître, prospérer puis décliner. Le constat de son effacement est assené comme une évidence incontournable. Pourtant, qui peut affirmer que son principal moteur, l’égalité, aurait disparu, submergée par la mondialisation ?

Nous, réformistes attachés aux valeurs historiques de la gauche, affirmons que la social-démocratie est vivante, et nous nous engageons pour que « vive la social-démocratie » dans un espace libre de tout dogmatisme, au delà des champs partisans traditionnels ou des appareils politiques aujourd’hui dépassés.

Pour arriver à cet objectif, nous devons comprendre les maux qui ont transpercé nos sociétés. Ils se résument en 5 D.

  • Le déclassement, réel ou ressenti, individuel et territorial, qui modifie les comportements et engendre le repli sur soi.
  • Le déterminisme qui affaiblit la promesse républicaine du dépassement des conditions de naissance.
  • Le décrochage qui porte le divorce entre les institutions de la République et nos concitoyens.
  • Le déclin, et cette conviction selon laquelle l’ouverture au monde aurait affaibli la France.
  • La défiance qui, s’appuyant sur une tradition frondeuse, conduit à la crise des acteurs de la représentation, et pas uniquement politiques.

Au cœur de ces bouleversements surgissent les nouvelles mutations qui percutent de plein fouet les éléments essentiels de notre pacte social et républicain. Transmuté par le numérique, le progrès technologique modifie nos modes de vie et impacte une situation économique et sociale instable. De même, la prise de conscience de l’urgence écologique se télescope à l’hyper financiarisation des sociétés et à la victoire des démarches individuelles sur la puissance du collectif.

Ces défis nous imposent de redéfinir notre socle de réflexions autour de quelques enjeux incontournables :

  • Promouvoir l’équité territoriale en affirmant notre tradition décentralisatrice, ce qui induit de revoir notre vision de la puissance régalienne et de la puissance publique.
  • Réformer nos structures de solidarité et prendre en compte l’autonomisation du citoyen.
  • Repenser la relation à la démocratie en conciliant la participation citoyenne et la verticalité incontournable de certaines décisions.
  • Promouvoir l’Europe par la preuve en la situant comme un projet historique, moderne et porteur d’avenir.

Mener à bien ce renouveau de la dynamique social-démocrate nous oblige à un rappel des valeurs qui conditionnent notre engagement: la justice sociale, la lutte contre la reproduction des inégalités et la croyance en un progrès émancipateur. Grâce à la pertinence de ces références idéologiques nous devons imaginer le monde de demain en partant de la vision lucide de celui que nous avons construit pour prendre la mesure de ses limites, tenter de les dépasser et ouvrir les chantiers que nous n’avons pas pu ou su imaginer.

C’est ainsi que la reconstruction d’une nouvelle offre politique progressiste pourra se déployer en assumant de porter un projet clair et résolu adossé à des pratiques politiques renouvelées.

Et si certains clivages artificiels peuvent être effectivement transcendés, le progressisme trouvera toujours ses racines à gauche, en relation avec les forces syndicales, associatives et intellectuelles. C’est l’idéal social-démocrate, ouvert au monde, viscéralement européen mais aussi lucide dans la nécessité d’efficacité, qui nous permettra de reprendre le chemin de la reconquête et de faire reculer durablement le camp du repli sur soi.

C’est grâce à ces valeurs, ces principes, ces références et ces objectifs que pourra renaître la Social-Démocratie. A nous d’engager les chantiers de sa refondation.